LES NOIRS ET GRIS DANS LA PEINTURE ET L'ARCHITECTURE

LA DISCRÉTION DANS LE PAYSAGE

«Il y a le noir antique et le noir frais, le noir brillant et le noir mat, le noir de la lumière et le noir dans l’ombre. Pour le noir antique, il faut y mêler du rouge ; pour le noir frais, c’est du bleu ; pour le noir mat, c’est du blanc ; pour le noir brillant, c’est une adjonction de colle ; pour le noir dans la lumière, il faut le refléter de gris»   

Hokusai 

Ci-dessus façades intégralement en bardage de "bois brulé" . Technique ancestrale venue du Japon et connue sous les noms de Yakisugi  (cèdre brulé) ou Shou Sugi Ban. 

 

ll y a deux façons de voir le noir. Une qui ne veut pas le voir ou n’y voit qu’une non-couleur, un sombre absolu, une nuit n’étant là que pour mettre en valeur la lumière. Une vision qui aimerait s’en passer, ce qu’a poursuivi l’impressionnisme. Et puis un autre regard, qui voit le noir comme une couleur majeure, la plus sombre, parfaitement neutre, qui s’allie avec toutes les autres, comme le blanc. C’est le noir de Brueghel, Goya, Manet, Soulages, etc. C’est la nuit, l’eau profonde, le bois brûlé, certaines pierres, sols, sables, écorces, insectes, etc. C’est tout ce qu’on ne remarque qu’en négatif, donne du relief, toutes les ombres. Le dessin, la gravure, la photographie ont appris à le voir, à se contenter d’un art en noir et blanc, le plus durable, les autres couleurs étant souvent plus fragiles. On a beaucoup peint dans la Grèce antique mais il n’en reste rien, que des descriptions. Seuls subsistent des volumes et leurs ombres.

En architecture, le noir est donc un dessin avant d’être une surface, ce qui souligne, révèle la limite des volumes, les creux, les ouvertures, les avancées, les décrochements. Lorsque la construction est sombre, à cause du matériau - certains marbres ou pierres volcaniques -, alors la lecture des volumes devient imprécise ; on ne distingue que faiblement les ombres portées sur la pierre. Le noir sur de grandes surfaces est donc une couleur appliquée, voulue. Quel intérêt ? celui d’être très discret dans le paysage. Les tonalités sombres sont celles qui se font le mieux oublier à l’horizon, à l’inverse du blanc. D’autant que le noir ne l’est jamais parfaitement : la brillance des surfaces, leur plus ou moins grande capacité à refléter la lumière rend le noir toujours relatif. Le plus souvent il se teinte de bleu, de gris, de ce qui fait son environnement proche. L’impressionnisme a pu se passer de noir parce que le bleu, le violet, les bruns foncés, le gris de payne traduisaient mieux la réalité. Pour obtenir un noir vraiment dense il faut donc éviter le maximum de brillance, de reflet, d’effet satiné.

Le noir profond des bois brûlés, des fonds de cheminée, des peintures de Lascaux, des meilleures encres de Chine. Il se « cuisine » avec un maximum de pigments.

Dans le paysage, en architecture, quelles qualités, quel intérêt ? se rendre le plus discret possible.

Les tonalités sombres ont cet avantage, prouvé par des mesures liées à la sécurité routière. C’est la voiture blanche ou très claire qu’on voit le mieux, la noire le moins. L’inconvénient du noir ? il emmagasine la chaleur (voir encadré). En région chaude, sur des façades très exposées au soleil, c’est un critère à prendre en compte. Réserver le noir à des zones non exposées ou uniquement le matin, le soir, en hiver. Si une production fruitière est envisagée sur des arbres palissés alors le noir peut redevenir un atout, avec en plus un feuillage qui rafraîchira le mur au moment de la saison la plus chaude.

 

Le gris

 

Le proverbe dit « la nuit tous les chats sont gris ». On pourrait dire qu’en plein jour le paysage, malgré tout le vert de la végétation, est gris par beaucoup d’aspects : la terre, le grès, le béton, l’essentiel du parc automobile, la poussière qui se dépose partout et tout le temps, les cendres, etc. Le ciel est théoriquement bleu mais en Île-de-France il est statistiquement plus souvent gris, dans toutes les nuances de luminosité. C’est une couleur qui « s’étend » avec le temps : le bois naturel devient gris, le noir profond ne le reste que rarement, il finit par s’éclaircir, et la lumière le fait apparaître gris au lieu de noir. Les goudrons, les chaussées, ne sont pas noirs longtemps. Ainsi, tout se fond dans cette teinte réalisée de façon simple, le mélange du noir et du blanc. Cependant les plus beaux gris s’obtiennent en mélangeant plusieurs couleurs, créant des nuances plus complexes, profondes. C’est le talent des impressionnistes de les avoir reconstituées : gris bleuté, rose, jaune, violet, etc.

C’est ce que l’on trouve de façon très dominante dans l’architecture rurale en Seine-et- Marne : pierre des bâtiments, des enduits, du bois des vieilles poutres. C’est le gris des innombrables hangars métalliques « à l’ancienne » ou ceux plus récents en bois non teinté. C’est la meilleure couleur pour passer inaperçu.

Le problème est la banalité, la tristesse possible. Une touche de couleur suffit pour y remédier et les occasions ne manquent pas : volets, portes, encadrements de fenêtres, portails, clôtures, signalétique, mobiliers, etc.

 

 

 

INFORMATIONS

 

 

 

" À longue distance, les choses claires prennent de l’obscurité, et les choses obscures de la clarté. » Léonard de Vinci, Traité de la peinture, 1651

 

Couleur et longueur d’ondes

Les couleurs sont des longueurs d’ondes différentes réfléchies par l’ensemble des surfaces et objets.
Tel objet apparaît vert parce qu’il absorbe toutes
Les longueurs d’ondes sauf celles correspondant au vert qu’il réfléchit. Ces ondes sont des rayonnements produisant de la chaleur. Une production proportionnelle à l’absorption d’ondes. Quand cette absorption est maximale, l’échauffement l’est aussi. C’est le cas du noir qui ne réfléchit aucune couleur et absorbe environ 90% du rayonnement de la lumière. (Un trou noir...). Inversement le blanc réfléchit toutes les ondes, n’absorbe que très peu de rayonnement et dégage donc très peu de chaleur.

 

Retrouvez :

#Couleurs du 77, du paysage au bâti 

> La couleur-matière , le blanc et le ton "pierre"

#couleurs #Vert #rouge #jaune #orange

> #codescouleurs/couleurprogramme #platsdecouleurs #couleurensemble

> #bandeau, #bordure, #cadres, "nervures

> #couleursdelanuit

 

 

Article par Bertrand Deladerrière ,  Equipe CAUE77

Retrouvez l'intégralité de la Lettre du CAUE77 N°12 (juin 2019 ) sur la couleur

 

 


 

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