LA COULEUR-MATIÈRE, LE BLANC ET LE "TON PIERRE"

CHOISIR LE BLANC, LE TON PIERRE, LA "COULEUR MATIÈRE", DANS VOS FAÇADES...

« Il n’y a pas de faute de goût dans la nature dont tous les tons se conjuguent magiquement entre eux. Partout, la couleur-matière est avant tout un registre sans fautes… »   Bureau d’étude A3DC

 

«Dans un souci d’intégration visuelle maximale, le parti pris d’une palette de nuances sombres, de même valeur que la végétation environnante et la terre fraîchement labourée, a été préconisé.» Bureau d’étude A3DC (ZAC de Lamirault)

 

La couleur-matière, le blanc et le "ton pierre"

 

La couleur-matière

La solution à tous les problèmes « d’intégration » apparaît ainsi très simple, ne pose pas question, la couleur parfaite existe, il suffit de construire avec des matériaux naturels et de les laisser en l’état. Ces matériaux étant de plus en plus prisés, la couleur « artificielle » pourrait régresser. De quelles couleurs dispose-t-on alors dans cette palette-matière ? Avant tout du gris, celui du bois vieilli. Le gris de la pierre, et particulièrement du grès enSeine-et-Marne. Le gris du chaume. Les blancs plus ou moins éclatants du plâtre, du calcaire. Le noir brillant du bois brûlé.Toute la gamme des bruns, brun rouge ou ocres de la terre. La couleur rouille du métal. Et puis on s’arrête à peu près là. Rien de vif. On peut à la rigueur ajouter des couleurs obtenues avec des pigments de provenance pas trop lointaine, ce qui élargit la palette à quelques jaunes très doux, des ocres rouges soutenus, des terres vertes, etc. La couleur-matière réduit les choix, c’est évident. Mais en utilisant bien toute la gamme disponible on constate qu’elle permet malgré tout la création d’un cadre bâti beaucoup plus coloré que l’existant (dans sa grande masse « ton pierre » ce qui veut dire blanc cassé, avec parfois une note de couleur dans les menuiseries). Et évidemment rien n’oblige à être maximaliste et à vouloir réaliser des opérations 100 % « matériaux naturels », 100 % « couleurs naturelles ».  

 

 

Le blanc 

 

Comment ne pas l’aimer ? Le blanc des nuages inoffensifs dans les ciels d’été, de la neige, de nombreuses fleurs, de l’écume des vagues et des maisons en terrasses surplombant des mers bleues … Le blanc, l’inverse du noir, et à eux deux une vision déjà, un univers de photographies et de films datés, avec des robes de mariée serrées contre des costumes anthracites. La couleur la plus répandue en architecture depuis le XXesiècle, celle du mouvement moderne.

Mais le blanc était déjà la couleur des maisons collées les unes aux autres dans le Paris du Moyen Âge. Le blanc pur du plâtre, de la chaux qui a laissé la place au beige, au blanc cassé. Toute une histoire en Île-de-France, liée à une géologie, l’industrie du gypse. En Seine-et-Marne ce blanc plus ou moins pur, sali avec le temps désigne le nord et ses enduits au plâtre. Une couleur « naturelle » qui grâce à son faible coût s’est généralisée et a conquis tous les types de bâtiments : châteaux d’eau, silos, puis hangars de tous types, agricoles et commerciaux, d’un blanc étincelant.

Pour des architectures très dessinées son avantage est d’en montrer les moindres subtilités volumétriques et modénatures. Les ombres les plus légères s’y distinguent, ombres propres et ombres portées, faisant des façades autant d’écrans où se projettent les silhouettes proches. Une couleur qui convient bien à tous les lieux à éclairer, loggias, passages couverts, ruelles trop étroites, etc. Mais sur ces surfaces lisses, le blanc réverbère toute la lumière, devient aveuglant au soleil. Les moindres défauts ou salissures y sont obsédants. Les tags y sont comme aimantés... Cette couleur bon marché aboutit aux coûts d’entretien les plus élevés parce que la poussière, la saleté s’y verra toujours. Et à l’horizon, même sale, aucun bâtiment blanc n’échappe au regard... 

 

... une couleur "moderne" 

 

« Le grand oiseau blanc de l’architecture moderne n’a donc toujours pas trouvé un endroit sûr et décoratif où se poser tel que devrait lui fournir un décor réellement moderne. » Christopher Tunnard, 1910-1979

Les choix de couleur dans les arts plastiques, en architecture appartiennent à l’histoire de l’art. Des choix toujours plus culturels avec les progrès techniques permettant de s’affranchir de toutes les contraintes, donnant accès à toute la gamme quels que soient les supports. Le mouvement moderne, né dans les premières décennies du XXesiècle, est de ceux qui a le plus théorisé l’usage de cette gamme. Des théories liées à la peinture du moment, celle de Mondrian par exemple, ou émises par des architectes-peintres. Les expérimentations sont devenues des principes, un enseignement, puis des recettes, un académisme ; quelques citations et illustrations montrent comment cette pensée détermine encore largement la couleur des opérations les plus récentes.

 

Ton pierre

Il faudra bientôt ravaler, réhabiliter, voire renouveler le parc immobilier des quartiers les plus anciens des villes nouvelles. Des travaux qui peuvent donner l’occasion d’une remise en cause du « ton pierre » de l’époque, sali avec le temps, devenu uniformément gris. Un gris sale depuis presque cinquante ans, obsédant de banalité et de tristesse les jours gris… L’objectif peut être de définir une palette de couleur en lien avec l’histoire, l’identité progressivement affirmée de ces quartiers. Des critères sont à prendre en compte qui ne pouvaient l’être lors du projet : souhaits des habitants, ambiance générale de la rue et jeu des façades les unes par rapport aux autres, végétation présente, ombres portées, problèmes d’entretien, etc. La coloration de l’ensemble des façades à l’échelle d’une rue, d’un quartier, permet de créer une richesse et une variété d’ambiances presque jamais explorée. Les « tons pierre » automatiquement copiés-collés d’un règlement à l’autre, bloquent ces recherches. Une réécriture est à faire incluant l’éternel marron des volets… La liberté plutôt que la rigidité triste : un pari trop osé ?  

 

INFORMATIONS

Article par Bertrand Deladerrière ,  Equipe CAUE77

Retrouvez l'intégralité de la Lettre du CAUE77 N°12 (juin 2019 ) sur la couleur

 

Retrouvez par thèmes :

#Couleurs du 77, du paysage au bâti 

> #noir #gris

#couleurs #Vert #rouge #jaune #orange

> #codescouleurs/couleurprogramme #platsdecouleurs #couleurensemble

> #bandeau, #bordure, #cadres, "nervures

> #couleursdelanuit

 

 

Les couleurs du bâti traditionnel en Seine-et-Marne

 

La fiche enduits et menuiseries, palette de nuances présente douze teintes d’enduits et dix-huit de menuiseries, proposée par le CAUE 77 à titre indicatif et sans prétendre à l’exhaustivité. 

 

Les couleurs du bâti traditionnel en Seine-et-Marne  ont fait l’objet de nombreuses études et publications parmi lesquelles celles du CAUE77, qui restent des références. La fiche, rééditée à de nombreuses reprises, mérite d’être diffusée le plus largement possible pour renforcer l’homogénéité des opérations de requalification. 

( Remarque - les couleurs qui peuvent être percues via un affichage sur tablette, pc, mac, ou smartphone ne rendent pas comptent des couleurs référencées - N'hésitez pas à vous adresser au CAUE77 pour un envoi du nuancier (gratuit) ou passer dans nos murs à Coulommiers (Voir horaires d'ouvertures) 

 

 

La couleur a minima 

 

« L’emploi de couleurs vives a eu pour intérêt d’attirer l’attentions sur le style nouveau, mais il n’a pu rester longtemps attrayant. Il a cessé de surprendre et a commencé à ennuyer, sa netteté et sa fraîcheur mécanique étant rapidement devenues de mauvais goût. Si on ne veut pas que l’architecture ressemble à un panneau d’affichage, la couleur doit rester uniforme tant sur le plan technique que psychologique. (…) Dans les villes, on peut efficacement opposer de petites surfaces peintes de couleurs brillantes à de grandes surfaces de couleur neutre. »

H-R Hitchcock & PJohnson, Le style international, 1932  

 

… au profit d’une neutralité « naturelle »

 

« Dans les surfaces avec enduit, le blanc ou le blanc cassé, même lorsqu’il est obtenu au moyen de la peinture, est perçu comme la couleur naturelle. (...) Une couleur manifestement artficielle produit un contraste trop net avec l’environnement naturel. Il est préférable de recourir à des tons neutres et clairs qui n’entrent pas trop en conflit avec ceux de la nature.»

H-R Hitchcock & PJohnson, Le style international, 1932  

 


 

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